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Bref rappel historique: La Tunisie au cours de l'époque punique 

 

L'entrée de la Tunisie dans l'histoire se fait de façon fracassante, par l'expansion d'une cité issue d'une colonisation proche-orientale. De phénicienne au départ, la cité constitue rapidement une civilisation originale dite punique.

L'expansionnisme punique dans le bassin occidental de la Méditerranée se fonde sur le commerce, même si la thalassocratie trouve face à elle l'expansion romaine à volonté continentale et hégémonique. Bien que leurs relations soient cordiales dans un premier temps, les deux systèmes ne tardent pas à s'affronter et, même si la question a pu se poser de qui allait l'emporter, les Puniques s'effacent finalement, non sans avoir marqué de leur empreinte l'espace tunisien, que la puissance de Rome ne va pas effacer totalement.

Fondation et expansion

  

La Tunisie accueille progressivement une série de comptoirs phéniciens comme bien d'autres régions méditerranéennes, du Maroc à Chypre. Le premier comptoir selon la tradition est celui d'Utique, qui date de 1101 av. J.-C. C'est ici que prend racine une puissance fondamentale dans l'histoire de l'Antiquité dans le bassin méditerranéen. En 814 av. J.-C., des colons phéniciens venus de Tyr fondent la ville de Carthage. D'après la légende, c'est la reine Élyssa (Didon pour les Romains), sœur du roi de Tyr Pygmalion, qui est à l'origine de la cité.

Fondation de Carthage

 

Il existe toutefois un doute sur l'exactitude de la date donnée par la tradition littéraire, le débat étant alimenté par les découvertes archéologiques. En effet, les plus anciens objets découverts à ce jour sont des céramiques proto-corinthiennes de la moitié du milieu du viiie siècle av. J.-C. provenant du dépôt de fondation de la chapelle Cintas, trouvée dans le tophet de Carthage 

Tophet de Carthage

 

par Pierre Cintas en 1947. Néanmoins, au vu des incertitudes dans les datations des céramiques antiques, rien ne permet d'écarter la datation issue de la tradition littéraire.

La population originelle de l'espace tunisien est libyco-berbère et, lorsqu'elle vit à proximité des comptoirs, elle se punicise dans une certaine mesure. En témoignent par exemple les découvertes archéologiques de stèles à motifs de signe de Tanit 

Signe de Tanit

 

gravées de façon maladroite, en particulier sur un site comme celui de l'antique Clupea, la Kélibia actuelle. Ces maladresses évoquent une appropriation du symbolisme punique par des populations en contact avec les citoyens des comptoirs. Ouverte sur la mer, Carthage est également ouverte structurellement sur l'extérieur. Cette croissance pacifique — autant qu'on en sache de par les sources existantes — laisse la place à une lutte d'influence qui aboutit à plusieurs cycles de conflits. Un siècle et demi après la fondation de la ville, les Carthaginois ou Puniques étendent leur emprise sur le bassin occidental de la mer Méditerranée : ils s'affirment en Sicile, en Sardaigne, aux Baléares, en Espagne, en Corse et en Afrique du Nord — du Maroc à la Libye —, qui est partagée entre les Grecs de Cyrénaïque et les Carthaginois y compris sur la côte atlantique du Maroc. Cette présence prend diverses formes, incluant celle de la colonisation, mais reste d'abord commerciale (comptoirs de commerce, signature de traités, etc.).

 

De plus, les Carthaginois s'appuient dans ces régions sur une présence phénicienne antérieure à la création de Carthage, sauf peut-être le long de la côte atlantique. La nouvelle puissance de Carthage supplante celle déclinante des anciennes cités de Phénicie dans cet espace de la Méditerranée. De même, les Carthaginois s'allient aux Étrusques et leurs deux flottes réunies sortent victorieuses de la bataille navale d'Alalia, au large de la Corse, contre les Grecs de Massalia (actuelle Marseille). Ces derniers, venus des côtes de l'actuelle Turquie (Ionie), tentent de s'installer en Corse, île située en face de l'Étrurie et au nord de la Sardaigne, zone d'influence et de colonisation punique. Cette dernière île est également sur le trajet le plus court entre les cités massaliotes et les autres cités grecques du sud de l'Italie puis, plus loin, avec la Méditerranée orientale. C'est avec le déclin étrusque que la Corse entre dans l'orbite carthaginoise et que se forme un nouvel empire maritime.

 

La mutation vers un empire plus terrestre se heurte aux Grecs de Sicile puis à la puissance montante de Rome et de ses alliés massaliotes, campaniens ou italiotes. Le cœur carthaginois qu'est la Tunisie, à la veille des guerres puniques, possède une capacité de production agricole supérieure à celle de Rome et de ses alliés réunis, et son exploitation fait l'admiration des Romains. Les avantages de la géographie, avec en particulier les riches terres céréalières de la vallée de la Medjerda, s'ajoutent au talent agronome d'un peuple dont un traité (celui de Magon) sera longtemps admiré.

Parallèlement à cette expansion — la Sardaigne est en voie de colonisation et les implantations espagnoles se consolident —, la superpuissance commerciale, maritime, terrestre et agricole est en passe de vaincre les Grecs en Sicile.

 

Carthage et Rome : des traités aux guerres puniques

 

Les relations entre Rome et la thalassocratie punique sont d'abord cordiales, comme en témoigne le premier traité signé en 509 av. J.-C. Toutefois, les relations se dégradent et laissent place à de la défiance à mesure que se développent les deux cités-États, l'affrontement devenant dès lors inévitable.

La lutte entre Rome et Carthage prend de l'ampleur avec l'essor des deux cités : ce sont les trois guerres puniques, qui faillirent voir la prise de Rome mais se conclurent par la destruction de Carthage, en 146 av. J.-C., après un siège de trois ans.

 

La Première guerre punique, qui couvre les années 264 à 241 av. J.-C., est un conflit naval et terrestre en Sicile et en Tunisie.

Première guerre punique

 

Elle a pour origine les luttes d'influence en Sicile, terre située à mi-chemin entre Rome et Carthage, l'enjeu principal étant la possession du détroit de Messine. Les Carthaginois prennent d'abord la ville de Messine, ce qui inquiète les Romains, cette cité se situant à proximité des villes grecques d'Italie qui viennent de passer sous leur protection. Appius Claudius Caudex traverse donc le détroit et prend par surprise la garnison punique de Messine, événement qui déclenche le début de la guerre. À la suite de ce revers, le gouvernement de Carthage rassemble ses troupes à Agrigente mais les Romains, menés par Claudius et Manius Valerius Maximus Corvinus Messalla, s'emparent des villes de Ségeste et d'Agrigente au terme d'un siège de sept mois. Après avoir conclu la paix avec les Romains, Carthage doit réprimer une révolte de ses mercenaires.

 

Batailles de la Deuxième guerre punique

La Deuxième guerre punique, dans les années 218 à 202 av. J.-C., a pour point culminant la campagne d'Italie : le général Hannibal Barca, issu de la famille des Barcides, parvient à traverser les Pyrénées et les Alpes avec ses éléphants de guerre.

 

Hannibal BARCA traversant les Pyrénées

 

 

 

Pourtant, il renonce à entrer dans Rome. Le prétexte de la guerre avait été le siège de Sagonte par les Carthaginois car, selon le traité de 241 av. J.-C., les Carthaginois auraient dû rester au sud de l'Èbre, fleuve qui délimitait les zones d'influence respectives.

 

 

L'attentisme d'Hannibal permet finalement aux Romains, alliés à Massinissa, premier roi de la Numidie unifiée, de contre-attaquer et de réussir à retourner le conflit en leur faveur à la bataille de Zama, en 202 av. J.-C.,

 

Bataille de Zama

 

prenant à Carthage la totalité de ses possessions hispaniques, détruisant sa flotte et lui interdisant toute remilitarisation. Pourtant, malgré la victoire finale, cette guerre ne satisfait pas les Romains. Poussés par la crainte d'avoir encore à affronter Carthage, ils décident, selon le fameux mot de Caton l'Ancien (Delenda Carthago, « Il faut détruire Carthage »), que la destruction totale de la cité ennemie est le seul moyen d'assurer la sécurité de la République romaine.

 

 

Une seconde théorie est défendue par l’essayiste, journaliste et historien tunisien Abdelaziz Belkhodja dans son livre «Hannibal Barca: l’histoire véritable et le mensonge de Zama» (Apollonia Editions - 4e édition 2018 pages 149 et suivantes).

Selon Belkhodja, la bataille de Zama serait une pure invention des propagandistes romains qui ont détruit tous  les récits autres que romains. Belkhodja se réfère aux travaux du Dr Mosig qui   « prouvent clairement que le plan de la bataille de Zama est sorti d’un cerveau d’écrivain – Polybe – et non de celui d’un chef militaire. Ce plan ne résiste pas à l’analyse, contrairement aux autres plans de batailles d’Hannibal qui sont réalistes, précis et parfaitement fiables ».

Pour Mosig « Rome, après tant d’années d’humiliation, avait besoin d’un héros et d’une victoire, elle a «inventé» un héros, Scipion et une victoire,«Zama». Mosig avance également que « nul n’a été capable de localiser la bataille de Zama avec exactitude. Le village de Jama, près de Siliana, et bien d’autres lieux, ont été considérés comme ceux de la bataille de Zama, mais sans aucune preuve archéologique. Alors que la plupart des grandes batailles de la seconde guerre punique sont clairement localisées, le site de Zama, lui, demeure introuvable. C’est particulièrement gênant compte tenu de l’habitude des Romains à ériger des monuments in situ pour commémorer leurs victoires : or il n’y a même pas de colonne solitaire, de statue ou de ruine qui marque la place».

Par ailleurs,  Abdelaziz Belkhodja se base sur des découvertes archéologiques récentes concernant la datation du fameux port militaire de Carthage, pour remettre en cause la réalité de la bataille de Zama.

 

Port militaire de Carthage

 

Belkhodja rappelle que les archéologues de la Mission  britannique ont daté ce port  du second siècle av.J.-C. Il a donc été construit entre 201 et 146, c’est-à-dire dans le  dernier demi siècle de l’histoire de la Carthage punique, celui où, selon le traité de paix de 201, rapporté par Polybe, Carthage n'avait droit qu'à dix navires «longs»!

 

Et l’auteur de s’interroger : «Comment Carthage aurait-elle pu justifier-par rapport au traité de 201- la construction du dispositif militaire naval le plus puissant et le plus génial de l’Antiquité (il pouvait contenir jusqu'à 220 navires) si ce n'est par des intentions belliqueuses».

 

Ainsi, Pour l’historien, la datation du port militaire remet en cause un élément fondamental de l'histoire de la seconde guerre punique : elle prouve que le véritable traité signé entre Rome et Carthage n'était pas consécutif à un armistice sans condition, mais qu'il devait davantage ressembler à un traité figeant le statu quo».

 

 

Pour Belkhodja, si Carthage "s'est permis de construire, après la fin de la guerre, un port militaire aussi exceptionnel, c'est qu'elle en avait le droit. Ce qui remet en cause de façon très sérieuse la défaite d’Hannibal ». L’écrivain estime ainsi que « l'une des conséquences de la datation du port militaire est que le traité de 201, tel qu'il nous a été rapporté, ne peut qu'être une invention pure et simple de Polybe, car toute autre interprétation ne résiste pas à l’analyse ».

Enfin, Belkhodja se demande à juste titre: si effectivement Hannibal a été défait à Zama, comment justifier que l’«auteur des plus terribles défaites de l’histoire de Rome, reste à la tête de l’armée carthaginoise » et qu’il ait pu être élu, quelques années plus tard (196 av. J.-C.), comme Suffète  de Carthage? (équivalent du chef de l’Etat de nos jours)  chose qui, selon le Pr Mosig, «aurait été impossible s’il avait été défait, car la tradition carthaginoise punissait les généraux vain